Ne le dis à personne : l'histoire de Steph

Steph Hansen

Même si l'année 2020 a été remplie d'événements imprévus - d'une pandémie mondiale à l'instabilité économique, en passant par un appel et un mouvement renouvelés pour les droits civils et l'égalité vus et entendus partout dans le monde - elle nous a également offert une occasion de réflexion. À Suncor, ce fut une période de transformation et un appel nous enjoignant de nous rassembler pour être différents, être meilleurs et faire mieux. 

En 2020, nous avons annoncé notre soutien au mouvement Black Lives Matter, ainsi que notre intention de faire mieux. Nous prenons cela au sérieux et dans le cadre de notre engagement à long terme d'écouter, de comprendre et d'apprendre, nous avons tenu trois conversations à propos du racisme et de la discrimination à l'échelle de l'entreprise, et nous avons également entendu nos propres employés parler de leurs expériences. 

Nous continuons de partager les histoires des membres de l'équipe de Suncor; voici celle de Steph Hansen, analyste, Processus commerciaux et codirigeante du réseau d'inclusion des employés LGBTQ2S+ de Suncor, Prisme. Steph nous parle de sa sortie du placard et nous rappelle comment nous pouvons tous être des alliés face au racisme et à la discrimination. 

Jeune, je savais que j’étais différente. La question n’était pas que j’étais une grande adepte de sports (le hockey, la balle molle et le golf surtout), que j’avais une faible estime de moi ou que j’étais victime d’intimidation. Je n’ai jamais senti que j’avais ma place dans la société. Lorsque j’étais jeune, je ne connaissais pas la communauté LGBTQ2S+ et je ne savais pas qu’il était acceptable de sentir qu’on n’appartient pas à son genre de naissance. Je ne savais pas non plus qu’il était acceptable d’aimer les personnes de son sexe.

La réalité était toutefois la suivante : il était malaisant de se retrouver dans l’une ou l’autre de ces situations. Non seulement l’homosexualité était un terme qui, jusqu’en 1990, désignait un trouble mental, mais ce n’est qu’en 1996 que l’orientation sexuelle a été protégée par la loi pour qu’il soit interdit qu’elle constitue un motif de discrimination dans le cadre de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Et tout récemment, soit le 15 juin 2020, la Cour suprême des États-Unis a émis une ordonnance historique qui protège les gais et les personnes transgenres de toute discrimination dans le milieu de travail.  

Je regarde ces dates et je me rends compte que si je n’avais pas l’impression d’entrer dans le moule en grandissant, c’était parce qu’il était risqué de s’identifier comme un membre de la communauté LGBTQ2S+. On m’a déjà demandé si je considérais encore qu’il était risqué de s’identifier publiquement de la sorte et ma réponse est toujours « oui ». Cependant, lorsqu’on m’a demandé de rédiger cet article, je me suis remémoré le récit de ma sortie du placard et les événements qui se sont produits dans les jours, les semaines, les mois et les années qui ont suivi. Lorsque j’ai commencé à me rendre compte que je préférais les personnes de mon sexe, je me suis dit : « Chut, ne le dis à personne. Les gens ne t’aimeront pas à cause de cela, ils riront de toi et, surtout, cela t’empêchera de t’épanouir. » J’avais 16 ans.

Ma sortie du placard est une histoire positive. Elle m’a coûté des relations, mais je suis en paix avec ces départs parce que je n’ai pas perdu ma famille et c’est ce qui compte le plus. Je n’irais pas jusqu’à dire que ma famille était prête à ce que je ramène quelqu’un à la maison, mais elle ne m’a jamais laissée tomber. Elle m’a soutenue du mieux qu’elle a pu. En fait, l’année où j’ai avoué mon homosexualité, mes parents m’ont aidée, moi, leur fille de 16 ans, dans mes démarches pour déménager à Gettysburg, en Pennsylvanie, pour jouer au hockey. Je n’ai pas dû partir parce que j’étais sortie du placard. Je ne me défilais pas et mes parents ne cherchaient pas à se débarrasser de moi. Ensemble, nous affrontions notre plus grande peur : je partais m’installer dans un autre pays où j’allais vivre avec une famille que mes parents et moi n’avions « rencontrée » que par téléphone. Je me souviens toutefois de m’être fait dire tout juste avant mon départ de garder le secret. Quand j’y pense aujourd’hui, je comprends que ces mots m’ont été dits avec amour et pour me protéger.

Ce qui devait être une seule année à l’étranger s’est transformé en un séjour de cinq ans lorsque j’ai décidé de fréquenter une université américaine. Ces cinq années ont changé ma vie. J’ai appris à être bien dans ma peau, j’ai gagné de la confiance en ce qui concerne ma sexualité et j’ai conclu que garder le secret n’est pas la solution. Ce n’est pas la solution, mais, malheureusement, révéler le secret au grand jour ne l’est pas non plus. Il m’arrive de ne pas être à l’aise de prendre la main de mon épouse à certains endroits; il nous arrive de ne pas voyager dans certains pays où être membre de la communauté LGBTQ2S+ est une infraction à la loi; et il m’arrive d’utiliser d’autres mots lorsque je parle de ma douce moitié parce que j’ai encore peur d’être victime de discrimination. Mais les choses évoluent, et je me trouve très chanceuse d’avoir un réseau de soutien solide sur lequel je peux compter dans ma vie personnelle et au travail. Nous devrions tous bénéficier d'un tel soutien. 

Plusieurs avant moi ont tracé le chemin qui me permet aujourd’hui de dire que je suis une fière membre de la communauté LGBTQ2S+ qui est mariée à son épouse depuis 11 ans et qui compte sur l’appui de sa famille. À ces personnes, je dis « merci »! Je suis également fière de dire que je travaille pour une entreprise qui a pris conscience qu’un changement s’impose et qu’il y a encore grande place à l’amélioration. Suncor ne fait pas que tenir les conversations difficiles, elle propose aussi des endroits sûrs où entretenir ces conversations.

Ce processus sera difficile et suscitera un malaise – c’est un passage obligatoire de l’évolution. Abordons cette période d’évolution et d’apprentissage en gardant un esprit ouvert et en faisant preuve d’empathie.

- Steph 
 
Nous remercions Steph et plusieurs autres pour leur vulnérabilité et leur volonté d'intervenir pour prendre la parole. Ensemble, nous ferons mieux. Nous nous engageons à continuer d'écouter, de comprendre, d'apprendre, de grandir et de nous soutenir les uns les autres. Nous sommes plus forts ensemble.