décembre 29, 2020

S'exprimer sur le racisme : L'histoire de Debbie

Debbie Green

Même si l'année 2020 a été remplie d'événements imprévus - d'une pandémie mondiale à l'instabilité économique, en passant par un appel et un mouvement renouvelés pour les droits civils et l'égalité vus et entendus partout dans le monde - elle nous a également offert une occasion de réflexion. À Suncor, ce fut une période de transformation et un appel nous enjoignant de nous rassembler pour être différents, être meilleurs et faire mieux.

En 2020, nous avons annoncé notre soutien au mouvement Black Lives Matter, ainsi que notre intention de faire mieux. Nous prenons cela au sérieux et dans le cadre de notre engagement à long terme d'écouter, de comprendre et d'apprendre, nous avons tenu trois conversations à propos du racisme et de la discrimination à l'échelle de l'entreprise, et nous avons également entendu nos propres employés parler de leurs expériences.

Nous partageons les histoires de nos employés, et celle-ci met en vedette Debbie Green, Perfectionnement de la main-d'œuvre autochtone de notre équipe Inclusion et diversité. Debbie partage ses réflexions en tant que femme autochtone et sur la façon de continuer à aller de l'avant :

Plus tôt cette année, j'ai été invitée à participer à une séance à l'intention de tous les employés afin de partager mon expérience en tant qu'Autochtone. Alors que je me préparais, on m’a conseillé de prendre une pause et de préserver ma santé mentale. Habituellement, j'arrive à le faire grâce à mes valeurs, à mes croyances découlant de ma spiritualité autochtone et aux cérémonies; toutefois, cela m'a donné matière à réfléchir – est-ce que j’ai vraiment l’occasion de « prendre une pause »?

Est-ce que je peux vraiment prendre une pause de la couleur de ma peau, ou du racisme systémique, flagrant et subtil auquel j'ai fait face, et auquel je vais continuer de faire face durant ma vie?  À quand remonte ma dernière pause?

J'ai donc pris un crayon et une feuille et j'ai commencé à écrire quelques expériences de racisme et de discrimination que j'ai vécues, et j'ai rédigé une pièce intitulée Walk a day in my moccasins, que j'ai partagée dans le cadre de la discussion.  

Je ne peux pas « prendre de pause ».

Je ne peux pas « prendre de pause » de la couleur de ma peau. 

Je ne peux pas « prendre de pause » de ne pouvoir marcher en société sans être victime de racisme flagrant et subtil. 

Je ne peux pas « prendre de pause » d'être cette jeune fille qui a failli se faire kidnapper par un étranger sur une route de campagne. 

Je ne peux pas « prendre de pause » de me faire dire par la police que c'était de ma faute si le fusil chargé d'un partenaire violent m'attendait à la maison.

Je ne peux pas « prendre de pause » des enfants dans la cour d'école qui se moquent des pow-wow avec leurs mains en coupe sur la bouche et qui me traitent de « squaw ».

Je ne peux pas « prendre de pause » d'être ignorée à la caisse de la pharmacie parce que je suis en pantalons de survêtement, sans maquillage et que mes cheveux sont remontés en queue de cheval, alors que les autres sont servis avant moi même si je suis la prochaine dans la file.

Je ne peux pas « prendre de pause » du propriétaire qui me demande si je suis Autochtone, et si je reçois beaucoup d'amis et bois tout le temps.

Je ne peux pas « prendre de pause » des personnes qui ne sont pas noires, Autochtones et de couleur et qui choisissent de débiter leurs opinions ignorantes à propos de leurs préjugés et stéréotypes.

Je ne peux pas « prendre de pause » d'être Indienne, et d'être sous la « tutelle » du gouvernement avec un numéro qui me définit.

Je ne peux pas « prendre de pause » d'être suivie chez Walmart et Safeway par la sécurité simplement parce que je fais mon épicerie.

Je ne peux pas « prendre de pause » d'un dentiste qui me frappait lorsque je pleurais enfant parce qu'il me faisait mal, me disant que personne ne me croirait et de me taire.

Je ne peux pas « prendre de pause » de mon frère qui s'est fait agresser et arrêter par la police simplement en attendant un autobus au coin de la rue.

Je ne peux pas « prendre de pause » de perdre ma sœur que la GRC a amenée dans la campagne en plein hiver sans manteau, la laissant marcher jusqu'à ce qu'elle meure.

Je ne peux pas « prendre de pause » et choisir d'éteindre les nouvelles ou les médias sociaux et de sortir en public sans vivre du racisme.

Je ne peux pas « prendre de pause » de vivre dans la peur, d'être en colère et d'être blessée et de pleurer face à l'injustice, la cruauté et la perte des vies des personnes noires, Autochtones et de couleur. 

Je ne vais PAS bien. Et peut-être que vous n'allez PAS bien non plus. MAIS si vous êtes fatigué d'entendre parler de la race, de la couleur et des responsabilités éreintantes d'être un allié… imaginez à quel point j'en ai assez de le vivre.

- Debbie 

Nous remercions Debbie et plusieurs autres pour leur vulnérabilité et leur volonté d'intervenir pour prendre la parole. Ensemble, nous ferons mieux. Nous nous engageons à continuer d'écouter, de comprendre, d'apprendre, de grandir et de nous soutenir les uns les autres. Nous sommes plus forts ensemble.